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Madagascar : l’économie du pays est à genou.

Tourisme sinistré, textile menacé, l’économie du pays est à genou

19 mai 2009
Le ciel se fait de plus en plus sombre sur la Grande Île

Les crises cycliques ont assombri le ciel de la Grande Île


Chow-Kwan Lo admire l’immensité de son usine et le silence de ses employés. « Regardez comme ils sont tranquilles - regardez leur concentration », dit-il émerveillé. « Ils ne tournent même pas la tête quand on parle. »

Hausse du chômage

La population, victime directe de la crise politique


Avec 6000 employés, M. Chow est l’un des plus grands investisseurs à Madagascar. Ses usines sont un symbole des politiques favorables qui ont permis à la Grande Île d’afficher une des plus rapides croissances économiques en Afrique pour la décennie écoulée.

« Nous n’allons pas augmenter nos investissements ici »

Néanmoins, il avoue qu’il n’envisagera plus de nouveaux investissements à Madagascar. Pour la deuxième fois depuis 2002, le pays connaît des mois de violence politique et de troubles, qui ont fait plonger l’économie. Les investisseurs étrangers, tels que M. Chow en ont assez.

« Nous n’allons pas mettre plus de ressources ici », a déclaré le chef d’entreprise de Hong Kong, dont la société dispose d’usines en Chine, en Thaïlande et au Bangladesh.

« Durant mes 11 années à Madagascar, j’ai connu deux crises politiques », a-t-il dit. «Chaque jour, nos clients nous envoient des e-mails, se renseignent sur la situation à Madagascar. Ils entendent parler des violences et des vols. Leur confiance en nous a été affectée. »

Même aux prises avec la crise économique mondiale, de nombreux pays de l’Afrique renforcent leurs problèmes avec les blessures auto-infligées. Certains, y compris le Zimbabwe et la Somalie, ont chassé la plupart des investisseurs étrangers à cause de l’agitation politique et de la violence. Quatre autres - la Mauritanie, la Guinée, Madagascar et la Guinée-Bissau - ont subi des coups d’État au cours des derniers mois, provoquant de graves dommages à leurs économies.

« Ces coups représentent plus que le vol des droits des citoyens », a déclaré Stephen Hayes, président du Corporate Council on Africa, un groupe d’entreprises basé aux Etats-Unis. « Ils sont, en réalité, des tsunamis économique, dont les coûts sont énormes.»

Économie à genou après des années de croissance économique

stats

La crise a eu raison sur les années de croissance continue


Madagascar est un excellent exemple. Sa croissance s’est accélérée dans les années 1990 avec des politiques de libéralisation économique et la création d’une zone d’exportation sans taxes pour M. Chow et d’autres fabricants. Mais une longue crise politique a éclaté en 2001. L’économie a plongé de 12,7% en 2002, et l’investissement étranger a chuté de façon spectaculaire.

La crise a pris fin lorsque le dirigeant démocratiquement élu, Marc Ravalomanana, a finalement été autorisé à entrer en fonction. Ses réformes libérales ont attiré des investissements, et l’économie a repris sa croissance rapide (bien que sa politique ait été également favorable à son propre conglomérat). L’économie a rebondi et a affiché une croissance de 9,8% en 2003 et a continué à augmenter de 5 à 7% par an les cinq années suivantes.

En 2008, les investissements étrangers ont atteint 1,35 milliards $ (US) et ont doublé chaque année. Les Canadiens jouent un rôle important. Sherritt International Corp de Toronto a été le plus grand investisseur, et est le principal actionnaire d’un projet de nickel de plus de 4,5 milliards $ à Ambatovy, le plus grand projet industriel dans le pays. Le tourisme, le textile et l’exploitation minière ont été les principaux piliers du boom économique.

Tout cela s’est écroulé comme un château de cartes à cause de la longue bataille, cette fois entre M. Ravalomanana et de son adversaire, Andry Rajoelina, qui a finalement gagné le pouvoir en Mars, avec le soutien de l’armée. Les manifestations et de violents affrontements ont continué depuis, et la plupart des organisations internationales ont refusé de reconnaître le nouveau gouvernement.

Tourisme sinistré : 70% des hôtels fermés

Les hôtels sont désertés

Les hôtels sont désertés


Le tourisme s’est effondré depuis le coup d’État. Avec sa faune unique et ses forêts, l’écotourisme est la troisième plus grande source de revenus dans le pays, qui emploie 25 000 personnes et attire 375 000 touristes étrangers en 2008, contre 139 000 en 2003. Mais maintenant, ses hôtels et Agences de Voyages sont fermés ou inactifs. Les ambassades étrangères ont mis en garde leurs citoyens de se tenir loin de Madagascar en raison du danger de la violence politique.

Environ 70% des hôtels à Madagascar sont fermés en raison d’un manque d’activité, et leur revenu a chuté de 70%, selon Eric Koller, chef de la fédération de l’hôtellerie.

M. Koller tente de persuader les ambassades étrangères d’annuler leurs mises en garde aux touristes. Sa fédération est si désespérée qu’elle est en train de lancer une “offre spéciale crise” avec des prix au rabais et l’exemption de visas pour les touristes qui osent s’y rendre. Son hôtel, le vénérable Hôtel Colbert, en plein coeur de la capitale, a vu son taux d’occupation e plonger à 15% le mois dernier, comparativement à 65% en avril 2008.

Les grandes sociétés minières ont continué leurs activités à Madagascar, mais beaucoup d’autres entreprises ont été touchées par la crise politique. L’industrie laitière a été touchée lorsque les manifestants ont pillé et incendié les usines de transformation alimentaire de M. Ravalomanana.

De nombreux bailleurs de fonds étrangers ont réduit leur aide au développement à Madagascar à cause du coup d’État. L’aide étrangère représente environ 12% de l’économie, de sorte que la réduction de l’aide fera très mal.

L’industrie textile menacée par l’isolement du pays

«Cet isolement est une catastrophe pour le pays », a déclaré Michel Louvet, un homme d’affaires français à Madagascar, qui exporte des épices vers l’Europe. Beaucoup d’exportateurs ont eu de la difficulté à renouveler leurs contrats d’exportation depuis le coup d’État, dit-il.

L’industrie textile, qui emploie 50 000 personnes, est fortement tributaire de l’exportation et surtout des privilèges accordés par les États-Unis en vertu de l’African Growth and Opportunity Act. Environ 45% des revenus de M. Chow, par exemple, vient du marché américain. Mais maintenant cela est compromis, puisque Washington pourrait annuler l’admissibilité de Madagascar pour les exportations en franchise de droit en raison du coup d’État.

Les zones franches directement menacées

L'industrie textile directement menacée


M. Chow, dont les travailleurs confectionnent des chandails, serait heureux à Madagascar, grâce au climat des affaires. Il dit que l’offre de main d’oeuvre est énorme, avec un salaire moyen de 42 $ par mois, moins cher qu’en Chine. En plus de ses 6000 employés, il a créé plus de 20 000 emplois indirects dans les services de cantine, de transport et d’autres secteurs.

Mais il est profondément inquiet que Madagascar perde sa franchise de droits de douane à l’exportation vers les États-Unis. Il craint les grèves et les troubles politiques, et pense qu’il sera difficile pour lui d’obtenir des devises étrangères par le biais de la banque centrale.

Il s’inquiète aussi de la sécurité. Les 20 usines de la zone d’exportation ont été obligées d’embaucher 100 policiers et gardes militaires pour assurer la sécurité 24 heures sur 24 depuis le début des troubles.

« Nous n’allons pas augmenter nos investissements ici », conclut-il.

Avec agence


Madagascar: Washington met fin à son aide économique

Il y a 8 heures

WASHINGTON (AFP) — Les Etats-Unis ont annoncé mardi mettre fin à leur aide économique à Madagascar en raison du caractère non démocratique de l’accession au pouvoir du nouveau président Andry Rajoelina.

Cette décision a été prise au cours d’une réunion présidée par la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, par la Millenium Challenge Corporation (MCC), une agence du gouvernement américain créée par l’ex-président George W. Bush pour lier l’aide au développement à la bonne gouvernance et aux principes démocratiques, a précisé la MCC dans un communiqué.

Le contrat de la MCC avec Madagascar, le tout premier signé par cette institution en avril 2005, portait sur une aide de 110 millions de dollars sur cinq ans, indique le communiqué sans préciser le montant déjà déboursé par Washington.

“La MCC regrette profondément de devoir mettre officiellement fin à toutes ses opérations à Madagascar suite au changement de gouvernement de manière non démocratique”, a déclaré le PDG par intérim de l’organisation, Rodney Bent.

“Cette décision n'a pas été facile, vu que le conseil d'administration de la MCC ainsi que son équipe ont été extrêmement fiers de l'amélioration palpable que le programme de la MCC a apportée dans la vie des démunis à Madagascar”, a-t-il ajouté.

Mais “comme le programme a été conçu pour aider les pays en voie de développement qui montrent les engagements les plus solides envers les principes fondamentaux de la promotion des droits politiques, l'investissement social et la promotion d'un marché libre, le conseil d'administration a considéré que les événements survenus récemment à Madagascar ont fondamentalement sapé le droit du pays à bénéficier dudit programme”, a-t-il poursuivi.

Les Etats-Unis avaient suspendu leur aide non humanitaire à Madagascar en mars, après avoir qualifié de “coup d’Etat” l’accession au pouvoir de M. Rajoelina.

Copyright © 2009 AFP. Tous droits réservés. Plus »

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