Isolé après presque deux mois de bras de fer avec l'opposant Andry Rajoelina, le président malgache Marc Ravalomanana a annoncé mardi la dissolution de son gouvernement et le transfert du pouvoir à un "directoire militaire".
Dans le même temps, le maire destitué d'Antananarivo, qui s'est autoproclamé président ce week-end, affirmait avoir été nommé à la tête d'une "haute autorité de la transition" par les partis d'opposition, avec l'appui de l'armée.
Des militaires de haut rang ont annoncé mardi soir avoir confié le pouvoir à Andry Rajoelina.
Dans une cérémonie retransmise depuis un camp militaire de la capitale, le vice-amiral Hyppolite Rarison Ramaroson a expliqué qu'il a rejeté, avec deux autres généraux, la proposition plus tôt dans la journée de M. Ravalomanana de transférer le pouvoir à un "directoire militaire". Selon le communiqué lu à la radio, le pouvoir revient à M. Rajoelina.
"Après mûres réflexions, j'ai décidé de dissoudre le gouvernement et de donner le pouvoir afin qu'un directoire militaire puisse être mis en place", avait auparavant déclaré M. Ravalomanana dans une allocution radiodiffusée sur les onde de Fahazavana, la radio officielle de l'Eglise réformée, proche du président.
"Cette décision a été très difficile et très dure, mais il fallait la prendre. C'est dans le calme et la sérénité que nous pouvons développer le pays", a ajouté le président démissionnaire, qui s'exprimait en malgache et se trouvait encore à Antananarivo.
"La population et l'armée soutiennent le mouvement populaire, elles acceptent que je dirige le gouvernement de transition", a quant à lui assuré Andry Rajoelina, interrogé par la chaîne française LCI. Il a ajouté qu'il répondait à "l'aspiration de la population, des militaires, des fonctionnaires, des syndicats, c'est-à-dire de la force vive du pays", de le placer "à la tête de la transition".
Andry Rajoelina, qui avait trouvé refuge il y a quelques jours à l'ambassade de France, a qualifié de "louable" la position adoptée par Paris dans cette crise. "Nous voulions que les pays ou les bailleurs de fonds se positionnent de façon impartiale", a-t-il dit. "Mais les pays ne doivent pas être complices d'un président qui instaure la dictature à Madagascar."
La veille au soir, plusieurs dizaines de soldats mutins s'étaient emparés du palais présidentiel déserté, dans le centre de la capitale, sans rencontrer de résistance. Ils ont ensuite accueilli Andry Rajoelina, qui s'y est installé mardi après avoir paradé dans les rues de la ville.
Au cours du week-end, il s'était autoproclamé président, à la tête d'un "gouvernement de transition", et avait promis une nouvelle présidentielle d'ici deux ans. Lundi, il avait appelé l'armée, dont une partie s'est désolidarisée de Marc Ravalomanana, à arrêter le président, mais les militaires n'avaient pas suivi.
Interrogé à ce sujet sur LCI, le nouveau dirigeant malgache a préféré temporiser. "Ce n'est pas moi qui réclame son arrestation, c'est la justice malgache", a-t-il affirmé. "Car tout le monde est au-dessous de la loi, donc la justice doit trancher le sort de Marc Ravalomanana."
Les tensions dans l'île sont vives depuis la fin janvier, quand le gouvernement a bloqué les ondes d'une station de radio de l'opposition. Les partisans d'Andry Rajoelina ont alors mis le feu à un bâtiment du complexe de radio-diffusion gouvernemental, un dépôt pétrolier, un centre commercial et une chaîne privée liée à Marc Ravalomanana. Plusieurs personnes sont mortes dans les troubles.
Quelques jours plus tard, des soldats ont ouvert le feu sur des manifestants de l'opposition, près du palais pris lundi, faisant au moins 25 morts. Ces événements auront coûté au président le soutien d'une partie de l'armée, qui lui reproche l'ordre de tirer sur les protestataires. AP
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