VISîITE A L'EGLISE DE GAUBERT (20/05/2008)
MESSAGE : « Car la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de l'Éternel... » Ha 2 :14
Introduction
Violences, ravages, querelles, injustices sociales, arnaques, trahisons, plus que des mots qui résonnent autour de nous ou en nous, plus que des sentiments qui nous oppressent et nous perturbent, mais ce sont là, des réalités observées et observables soit dans nos familles, soit dans nos lieux de travail, soit dans nos rues, soit dans nos églises, bref dans notre environnement social. Et derrière ces mots, se cachent des personnes, femmes ou hommes, enfants ou adultes ; se cachent des souffrances, qu'elles soient physiques, psychiques, affectives ou morales. Dieu serait-il indifférent à tant de choses ? Dieu, ne feras-tu donc pas quelque chose ? C'est en ces termes que le prophète Habaquq, épanchant son cœur dans la prière, interpella Dieu face aux injustices et à la violence qui sévissaient dans le royaume de Juda, au début du règne de Yéhoyakim, peu avant la première invasion babylonienne, vers 605 avant Jésus-Christ.
Mon propos ce matin n'est pas de faire un état de lieux des injustices et des violences dans notre société, ni même dans nos églises. Je pars de la conviction déjà posée que ces réalités caractérisent pour le meilleur ou le pire notre expérience sociale y compris dans l'Eglise. Mais il est de montrer, à partir de l'expérience du prophète Habaquq, que la perspective de Dieu, c'est une terre remplie de la connaissance de la gloire de l'Eternel.
· I. Tant que la terre n'est pas remplie de la connaissance de la gloire de l'Eternel
L'expression « la gloire de l'Eternel » qui revient à plusieurs reprises dans l'Ecriture, par exemple en Ex.16 : 7, désigne la manifestation de la présence de Dieu. « C'est le rayonnement qui se dégage de sa personne, l'éclat insoutenable de toutes ses perfections. Cette gloire, comparée à un feu dévorant (Ex. 24.17), éblouit, aveugle, et inspire la crainte, le respect, l'adoration... ». Et c'est précisément cette « gloire de l'Eternel » que le prophète Habaquq ne voit pas au sein des judéens. Il est scandalisé par l'attitude du peuple de Dieu qui s'est écarté du renouveau spirituel emmené par la Réforme du roi Josias. Cette Réforme s'était traduite en particulier par la redécouverte de la loi de l'Eternel, la purification du temple, l'abolition des hauts lieux où le peuple sacrifiait à d'autres dieux, l'abolition de la prostitution sacrée, l'engagement du peuple à craindre Dieu, en restant fidèle à lui. Le roi Josias mort, ses successeurs dont le roi Jojakin retourna au laxisme et à la déchéance morale et spirituelle qui prévalurent du temps du roi Manassé, c'est-à-dire un peu plus d'un demi-siècle en arrière. D'après 2 Rois 21 : « Le roi Manassé fit ce qui est mal aux yeux de l'Eternel, en imitant les pratiques abominables des nations que l'Eternel avait dépossédées devant les Israélites. » C'est ainsi que le narrateur résume un demi siècle de ténèbres spirituelles, épaissies par la corruption, l'idolâtrie, la violence et toutes sortes d'orgies au sein du peuple de l'alliance. On comprend à la lumière de ce contexte le désarroi du prophète Habaquq. Que les païens se conduisent de la sorte, ce n'est pas étonnant, même si cela reste choquant. Mais que le peuple de Dieu se conduise comme les païens, quelle contradiction, quelle incohérence ! C'est au point où, même le juste, celui qui craint Dieu, est découragé. Et le méchant l'emporte sur celui qui respecte Dieu. Alors s'écrie Habaquq, « Jusques à quand, ô Eternel, appellerai-je à l'aide sans que tu entendes mon cri ? ... Pourquoi me fais-tu voir de telles injustices ? ». Dieu je ne comprends pas. Quelque chose ne tourne pas rond. Ce n'est pas possible que tu laisses faire. N'es-tu pas le Dieu de Justice ?
Bien sûr que Dieu est juste, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle dans la réponse qu'il adresse au prophète Habaquq (cf. 1.1-17), il annonce qu'il va faire venir sur les judéens son jugement. En effet, les Babyloniens se lèveront, avec leurs chevaux et leurs chars, ils fondront sur Juda comme l'aigle fond sur sa proie.
Alors là, Dieu je ne marche pas ! Sérieux, tu ne vas tout de même pas utiliser des païens pour corriger ton peuple ! C'est vrai que ton peuple a péché contre toi, mais les autres... ignores-tu qu'ils sont encore pires que nous ? Franchement je ne te suis pas là, comment rendre compte de ta justice si tu te sers du mal ? Moi je te prie afin que tu manifeste ta gloire dans Juda, qu'on voit combien tu es saint, orné de perfections, puissant et majestueux. Tu as manifesté cette gloire à ton serviteur Moïse et à tous les Israélites que tu as fait sortir d'Egypte ; Salomon même n'a pas pu soutenir du regard ta gloire lors de la dédicace du Temple (1R. 8 :11) ; Mais toi, Eternel, tu me parles des chaldéens en vantant leurs mérites militaires !
Arrêtons-nous un instant pour considérer ce que peut bien vouloir nous dire l'expérience d'Habaquq aujourd'hui. Je relèverai principalement deux avertissements :
1° On peut être le peuple de Dieu, mais verser dans un formalisme religieux, dans un attachement superstitieux à des bâtiments qu'on croit à tort contenir Dieu, à des pratiques religieuses dénuées de tout fondement scripturaire. L'histoire de l'Eglise nous apprend que, lorsque les chrétiens se détournent de la centralité de la Parole de Dieu et de la vraie piété, non seulement ils sont façonnés par l'esprit du monde, mais plus encore, ils bafouent l'honneur de Dieu.
2° Le fait d'être membre du peuple de Dieu, ne nous exempte pas de la correction de Dieu. De même que Dieu a fait venir son jugement sur les judéens pour les corriger, de même il pourrait intervenir contre nous, aussi longtemps que nous lui désobéissons et faisons obstruction en quelque sorte à sa gloire.
Dieu veut que la terre soit remplie de la connaissance de sa gloire. Car tant que la terre ne sera pas pleine de la connaissance de la gloire de l'Eternel, ravages, violences et injustices sociales marqueront toujours les rapports des hommes y compris même au sein du peuple de Dieu.
Mais parce qu'il tient à ce que le monde soit plein de sa gloire, Dieu interviendra au-delà du jugement, il délivrera son peuple.
Ecoutons de nouveau ce qu'il répond à son prophète : « Mets la vision par écrit, grave-la sur des tables afin qu'on la lise couramment. En effet, c'est encore une vision qui concerne un moment fixé ; elle parle de la fin et ne mentiras pas. Si elle tarde, attends-la, car elle s'accomplira, elle s'accomplira certainement. Il est plein d'orgueil celui dont l'âme n'est pas droite, mais le juste vivra par sa foi ». Je signale au passage que le sens de ces versets est controversé en fonction des traductions adoptées. Cependant, le Nouveau Testament, en particulier l'épître aux hébreux qui cite ce verset (Hé. 10 :37-38) fait allusion à Jésus-Christ comme celui qui doit venir.
· II. Lorsque la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de l'Eternel
Le prophète Esaïe, annonçait déjà une époque où la gloire de Dieu remplirait la terre. A l'exception du mot « gloire », Habaquq cite mot pour mot le prophète Esaïe, 11.9. : « On ne commettra ni mal ni destruction sur toute ma montagne sainte, car la terre sera remplie de la connaissance de l'Eternel, tout comme le fond de la mer est recouvert par l'eau ». Les versets qui précèdent font référence à la venue du messie, qui sera revêtu de l'Esprit de l'Eternel, Esprit de sagesse et de discernement, Esprit de conseil et de puissance, Esprit de connaissance et de crainte de l'Eternel. Il s'agit bien évidemment de Jésus. C'est en lui que résidera la connaissance de l'Eternel, non plus dans un temple à Jérusalem seulement. C'est par lui que Dieu exercera la justice et rétablira le droit. Jésus est celui là qui a inauguré sur cette terre le début d'un règne de paix avec Dieu et de paix entre les hommes. Il est dit dans le même passage d'Esaïe que « le loup habitera avec l'agneau et la panthère se couchera avec le chevreau ; le veau, le lionceau et le bétail qu'on engraisse vivront ensemble... ». L'auteur évoque ainsi l'harmonie originelle de la création. Cette harmonie inaugurée sera pleinement rétablie par la seconde venue du Christ. C'est cette perspective de la gloire de Dieu qui a sans doute permis à Habaquq de persévérer dans une foi réaliste, confiante, respectueuse et soumise à son Dieu.
Nous ne voyons pas que Dieu ait répondu à toutes les questions d'Habaquq, par exemple il ne lui explique pas pourquoi il utilisera les Babyloniens, un peuple méchant. C'est la souveraineté de Dieu, que le juste doit accepter dans la confiance de la foi, en s'attachant à Dieu. C'est le sens de la parole de Dieu au prophète : « Mon juste vivra par sa foi », par sa fidélité à mon égard. N'y aurait-il pas là un encouragement pour ceux qui vacille à cause de l'adversité ? Tenir bon, voilà ce que Dieu attendait d'Habaquq. Au chapitre 3, Habaquq répond :
« Eternel, j'ai entendu ce que tu as annoncé, je suis saisi de crainte. Accomplis ton œuvre dans le cours des années, Eternel, dans le cours des années fais-la connaître, mais dans ta colère souviens-toi de ta compassion ! Dieu vient de Théman, le Saint vient des monts de Paran. Sa majesté couvre le ciel et sa gloire remplit la terre... ».
Si le prophète tremble, c'est que la gloire de Dieu va se manifester dans son acte de jugement. S'il ne flanche pas et ne se détourne pas de Dieu, c'est qu'il sait qu'au-delà du jugement, Dieu délivrera et restaurera son peuple.
Conclusion
La perspective de la terre qui sera remplie de la connaissance de la gloire de l'Eternel, doit nous encourager comme Habaquq, à supporter les injustices sans se détourner de Dieu. Souvenons-nous qu'en sa première venue, Dieu a manifesté en Christ sa gloire. En s'approchant de nous, Christ nous rend cette gloire accessible, et nous ne sommes pas consumés par le feu de sa présence. Souvenons-nous que notre espérance comme celle du prophète Habaquq, c'est une terre remplie de la connaissance de la gloire de l'Eternel, là où le mal dans toutes ses déclinaisons aura disparu. En aspirant à ce temps, nous sommes encouragés à vivre maintenant, des relations fraternelles qui manifestent que nous connaissons Dieu, car il est le roi de gloire, et tout dans son palais s'écrie : gloire ! Amen.
Pasteur Paul Efona.